AU CREUX DE LA VAGUE, ACTE 1, 6 MIN, 2015

L’image est une puissance. L’image subjugue, ensorcèle, fascine. L’image est précieuse. Elle m’est précieuse. L’image est un mode de pensée, que la pensée fondée sur la langue ne peut pas connaître, ni asservir, ni domestiquer. C’est cette pensée qui m’intéresse en tant qu’artiste. Dans ma pratique j’utilise l’image vidéo comme une matière, comme une faiseuse de rythme, comme un messager qui entre en contact et dialogue avec l’espace, l’objet, l’Homme. Mes vidéos questionnent les limites. Entre Éros et Tthanatos, des corps s’échappent, des chaises se suicident… L’enfermement et le cadre m’intéressent. Ce cadre que nous impose l’image me questionne. Dans de longues séquences de prises de vue, j’essaie de m’approcher de ce que Deleuze appelle “l’image-perception”. Dans mes vidéos, personnes ou objets entrent et sortent du cadre qu’impose l’image. La conscience de ce cadre, l’esprit qui s’en échappe me permet de ne pas donner uniquement la vision de ce qui est filmé, mais une autre vision dans laquelle ce qui est filmé se transforme.

NI UNE NI DEUX >

< PAULINE LAVOGEZ

AU CREUX DE LA VAGUE, ACTE 2, INSTALLATION, 2015

Je suis à la recherche d’espaces autres, des “espaces de l’utopie», hors société de consommation qui obéissent à des règles qui restent à inventer ou à réinventer. Les lieux d’exposition doivent à mon sens incarner cette idée.

L’espace d’exposition est à la fois l’espace de ce qui est donné à voir et l’espace de celui qui est en train d’en faire l’expérience. Il me semble impossible de dissocier la découverte d'une oeuvre de son contexte de présentation et de réception. La confrontation à l'espace, aux autres oeuvres présentées dans l'exposition mais aussi à l'imaginaire du spectateur, sans compter son état d'esprit et son énergie propres au moment, à l'instant, sont autant de paramètres qui fusionnent pour se fondre dans la création d'une sensation qui influence la réception de l’oeuvre.

Néanmoins sachant que l'exposition a la particularité de regrouper dans un même espace-temps le social et l’intime, je me questionne sur la possibilité d'organiser un « lâcher prise » pour que le spectateur puisse accomplir l'acte de création qui lui est propre, pour qu'il puisse établir le contact de l’oeuvre avec le monde extérieur et ainsi ajouter sa propre contribution au processus créatif.

Ainsi je m'attache lors de la présentation de mes propositions artistiques à ne pas rendre exhaustifs les possibles pour le spectateur. Mon objectif n’est pas de raconter une histoire mais plutôt de transmettre un état. J'inclus le spectateur dans ma pièce. Je pense à son arrivée, à sa déambulation, au rythme que l'installation impose. Je suis attentive à la manière dont il lui est possible d'orchestrer sa visite : sa présence, sa lecture, son temps, ses pas, ses écoutes, ses pauses.

AU CREUX DE LA VAGUE, ACTE 3, 7 MIN, 2015